vendredi 26 février 2010

Exposition L'ECART ABSOLU - CHARLES FOURIER à Besançon


BESANÇON jusqu'au 26 avril



Musée des Beaux-arts et d'Archéologie
1 place de la Révolution
03 81 87 80 49
musee-arts-besancon.org

Tous les jours sauf le mardi
De 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 18 h, le week-end, de 9 h 30 à 18 h



Quelle aubaine ! La métropole Rhin-Rhône et sa fameuse saison culturelle "Utopies et Innovations" sont passées par là et ont permis au Musée des Beaux-arts de Besançon de concrétiser un projet que l'équipe avait depuis un moment dans sa botte.

Autour de Charles Fourier (1772-1837), grand théoricien et philosophe bisontin, réunir des œuvres contemporaines, choisies avec pertinence, en fonction de leur affinité avec la doctrine du penseur. En réaction contre l'ordre social existant à son époque, ce dernier conçut une théorie novatrice, radicale et absolue, une utopie sociale appelée Harmonie.

En Harmonie, hommes, femmes et enfants vivent égaux dans un cadre idyllique, le phalanstère. Dans ce système social communautaire, le travail n'est plus un fardeau. Au quotidien, les harmoniens sont totalement libres amoureusement et sexuellement, ils jouissent des plaisirs de la table, font la fête régulièrement... Cette vision audacieuse, anticonformiste et avant-gardiste a été, depuis, une source d'inspiration pour bon nombre de penseurs et d'artistes.

Après un premier volet historique nécessaire, présentant le contexte de la naissance de la pensée fouriériste - à travers ses écrits et ceux de ses disciples, comme par le biais de créations d'artistes fouriéristes et de tentatives de réalisation de sa cité idéale - le parcours contemporain s'articule autour des douze passions développées par le théoricien.

La scénographie inédite et originale permet aux visiteurs d'appréhender les douze grands axes de l'exposition de manière thématique, tout en restant aléatoire. Dans la partie "architecture", thème cher à Fourier, les œuvres d'Alain Bublex évoquent les possibilités de cités modulaires et évolutives, en phase avec les recherches menées par les architectes visionnaires des années 1950-70. D'autres artistes, comme Yona Friedmann ou l'Atelier van Lieshout, explorent ces mêmes pistes d'habitats non-conventionnels, communautaires, imaginaires ou purement fonctionnels.
L'exposition se poursuit, en passant du thème de la cosmogonie, avec des artistes comme Parmiggiani ou Skoda, à la gastrosophie et les banquets colorés de Vanessa Beecroft, les œuvres s'immisçant habillement dans les collections permanentes. La communauté imaginée par Fourier raisonne dans les productions des artistes par la poésie, le rêve et l'envie de société idéale qu'elle véhicule. Le "bar séduire" de Jean-Luc Vilmouth est une invitation au Nouveau monde amoureux, thème qui inspira également de manière considérable, l'artiste Fluxus, Robert Filliou.
Le féminisme, le pensée analogique, l'enfance, comptent parmi les thématiques abordées et pour finir, rendons nous sur le dance-floor d'Angela Bulloch dont la musique et les lueurs de néons nous intriguent depuis le début du parcours, afin de participer à une grande party harmonienne.

Exposition complète, fournie et exigeante, ce projet est à voir absolument pour qui souhaite prendre la mesure de l'influence notoire de la pensée fouriériste sur des questions incontournables de la société actuelle, tout comme du rêve inhérent et de la poésie qu'elle continue à diffuser à travers la création contemporaine.

Frédérique FOULL




Alain Bublex, Plug-in-city, Vitry/Seine, 2001
Angela Bulloch, Disco Floor - Bootleg 16, 2002


Ouvrages sur Fourier dans la boutique Franchement Contemporain

mardi 16 février 2010

Portrait d'artiste : CHRISTIAN CAILLET


ARTISTE

S'interroger. Christian Caillet est un ami. Je connais sa peinture depuis plusieurs années maintenant, je l'ai vue évoluer et pourtant nous en parlons ensemble pour la première fois. Sa peinture n'a pas besoin de discours mais suscite bien des questions : c'est quoi, c'est où, comment, pourquoi ? Beaucoup d'intérêt, pas mal de curiosité aussi, je ne quitte pas la toile des yeux, toile qui, dans le même temps, semble me demander : "Pourquoi veux-tu tout savoir de moi ? Je suis telle que je suis."

Observer. Au détour d'une balade, lors d'un voyage lointain ou d'un trajet quotidien, un paysage interpelle l'artiste. Paysages de chantier souvent, de zones en construction, ou de sites architecturaux, l'aspect composé de la scène l'intéresse. Dans un désordre apparent, les structures, les éléments ont une présence qui semblent dépasser le hasard. Un espace construit, techniquement habitable mais parfois inhospitalier, dans lequel l'artiste collecte sa matière première. Il prélève des éléments, prend une photo, des images en tant que prise de note, la recherche d'un vocabulaire....

Recomposer. En quête de ce moment ressenti, Christian Caillet agence sur la toile les éléments dont il a pris note, les combine parfois, pour créer ce qu'il appelle une "réalité secondaire". Son travail : s'imprégner de cet espace qui lui résiste, analyser les tensions qui y existent, traduire les rapports de force, les transformer pour mieux les appréhender, déchiffrer les architectures pour tenter de les comprendre.

Peindre. Touche après touche les lignes et les formes sont modifiées, digérées, usées. L'artiste souligne des évidences, gomme des preuves …
Les éléments ne sont pas traités pour ce qu'ils sont, mais pour ce qu'ils pourraient être, pour ce qu'ils représentent. Les formes, les couleurs, la lumière, donnent des indices, tout en brouillant les pistes, nous emmenant parfois vers des terrains évoquant davantage l'organique, l'aquatique, le fluide... reflet de l'impression du moment. La couleur devient matière, elle conduit le regard, disperse le point de vue.

Construire. L'image transformée, filtrée, annotée ou surlignée, abstraite par moment, devient l'expression d'un moment où les masses, les pesanteurs, les déséquilibres, tout comme les impressions d'humidité, les odeurs de béton, de boue ou de poussière, conduisent à la proposition d'un lieu, structuré, mystérieux, possible.

Frédérique FOULL


http://www.christiancaillet.fr/


Exposition BONA MENS (Jérôme Conscience) à Besançon


BESANÇON jusqu'au 27 mars


Les vitrines du pavé
7 place Victor Hugo - 25000 Besançon
03 81 81 91 57
http://www.pavedanslamare.org/



Aux vitrines du pavé, entée libre, du mardi au samedi de 14h à 18h.
Affichage dans l’espace public, du 10 au 24 février.


Dans les rues de Besançon, vous avez peut-être vu, ces derniers jours, de drôles d'affiches publicitaires : une grande page blanche avec, au centre, une phrase en latin. Vous, mes lecteurs assidus, savez qu'il s'agit de l'exposition de Jérôme Conscience mais les autres ...
Imaginez le bisontin lambda, passant tous les jours devant ces affiches, en se demandant ce qu'elles peuvent bien vendre : un détergent pour les sols carrelés, un énième marchand de lunettes, ou le dernier opus d'Astérix ?

D'abord, il y a les mots. Jérôme Conscience travaille sur les mots, la langue, le sens que prennent les mots, leur utilisation. Il les met en scène afin d'attirer l'attention sur leur sens caché, jouant de notre inconscient avec humour et décalage. Ensuite, il y a le latin, cette langue ancienne, tout de suite identifiée mais restant incomprise pour bon nombre de gens. Son utilisation agit comme un filtre, déclenchant une sorte de compréhension enfouie, intuitive, parfois déviée, permettant de désacraliser une langue devenue pour certains, élitiste.

Alors, notre bisontin lambda, assis à son arrêt de bus, aura-t-il sans doute, au bout de quelques jours, l'impression de les comprendre à demi-mots et bientôt les lettres s'effaceront derrière le double sens caché de ces phrases mystérieuses.

Subtil jeu de langue, pour cet affichage dans les fameuses sucettes Decaux, Jérôme Conscience a l'art de "montrer ce qui est dit sans être dit quand on en parle ".
Bien vu.

Frédérique FOULL

http://www.jeromeconscience.com/


mardi 9 février 2010

Exposition HUGO SCHÜWER-BOSS à Besançon


BESANÇON jusqu'au 27 février



Galerie Jean Greset - 5 rue Rivotte
03 81 81 38 52
Entrée libre, du jeudi au samedi 10h-12h / 14h-19h et sur rdv



Abstraction trouvée, c'est en ces termes qu'Hugo Pernet qualifie la peinture de son ami et acolyte, Hugo Schüwer-Boss, jeune artiste bisontin de 29 ans.
Des maîtres de l'abstraction, il a tout retenu, de la culture pop, il est imprégné. Pour lui, l’abstraction fait désormais partie du décor. La mode, le graphisme, le design, la publicité sont passés par là. Le tout-communication, les logos, les marques gouvernent notre vie quotidienne.
Hugo Pernet dira de l’abstraction trouvée, qu'elle "consiste à ramener dans le champ du tableau abstrait des éléments prélevés dans l’environnement de l’artiste, et ce justement parce que ces éléments en seraient redevables."

Pour les connaisseurs, The lost art of keeping a secret est le titre d’une chanson du groupe Queens of the Stone Age. Le tableau reprend le visuel d’une pochette d’un de leur album.
Les références sont parfois fines, parfois moins. Elles fonctionnent en tant que reconnaissances visuelles implicites, comme une sorte d'accord secret que peuvent partager l'œuvre et le spectateur, sans qu'il soit nécessaire de les formuler.
Un dialogue silencieux s'instaure alors, où l'œuvre, aguicheuse, pourrait demander: " On se connait ?" ou, " Tu ne me reconnais peut-être pas, mais au moins me trouves-tu belle ?"
De l'art perdu de garder un secret, la peinture d'Hugo Schüwer-Boss distille des messages codés qui, à force d'indices, visuels et lexicaux, sauront trouver un œil complice et amusé, tout en mettant à l'honneur l’héritage formel et théorique de l’art abstrait.

Frédérique FOULL



En haut, The lost art of keeping a secret
De gauche à droite, Spider, Blackflag, Médiavision

Exposition COPACABANA N'EXISTE PAS ! à Besançon


BESANÇON du 21 au 26 février


Copacabana n’existe pas !
De l’existence du territoire Rhin-Rhône


Galerie de l’Ecole Régionale des Beaux-arts de Besançon
12 rue Denis Papin - 03 81 87 81 30
Du lundi au vendredi de 15 à 19 heures (fermé du 6 au 21 février)
http://www.erba.besancon.com/



Lauriane ARNOUX & Emy BAUER, Gérard COLLIN-THIEBAUT, Delphine BEDEL, Neal BEGGS, Ariane BOSSHARD, Maxime BRYGO, Balthasar BURKHARD, Marie José BURKI, Sebastian DIAZ-MORALES, Simon FAITHFULL, Dominique GONZALEZ-FOERSTER, Philippe GRONON, Anthony HERNANDEZ, Valentine HAEGEL, Valérie JOUVE, Joo Won LEE, Lisa MILROY, Nicolas MOULIN, Rainer OLDENDORF, Gabor OSZ, Quirine RACKÉ & Helena MUSKENS, David RENAUD, Philippe TERRIER-HERMANN, Morgane VIÉ, Bernard VOITA, Kelley WALKER, Ayako YOSHIMURA, Edwin ZWAKMAN


Pas si simple, la question de la représentation du territoire surtout quand il s'agit de ce fameux nouveau territoire, la Métropole Rhin-Rhône.

"Copacabana, n'existe pas !" s'inscrit dans la saison culturelle "Utopies et innovations" qui accompagne la "création" de cette métropole qui s'étend sur près de 300km, de Bâle eu Creusot, autour de la future ligne de TGV.

L'exposition est le fruit d'un atelier de recherche et de création initié par le professeur et artiste Philippe Terrier-Hermann, et mené conjointement par six étudiants et deux artistes en résidence, Ariane Bosshard, graphiste et Maxime Brygo, photographe.
A la fois passionnant et délicat, le projet s'est concentré autour d'images signifiantes, d'histoires, d'identités, de monuments et de symboles propres à la zone géographique concernée. A travers photos, textes et dessins, des pistes ont été empruntées afin de tenter de rendre compte de ce nouveau territoire. Un inventaire, une réunion d'informations en ont découlé, témoignant de la difficulté d'établir des liens entre tous ces lieux. Quoi de commun entre le Lion de Belfort et le vignoble de Gevrey Chambertin ?

"Copacabana n'existe pas !" présente donc, conjointement aux créations réalisées à l'Ecole des Beaux-arts, une somme considérable d'œuvres issues des collections des FRAC Franche-Comté et Champagne-Ardenne. Les œuvres choisies témoignent de recherches similaires menées par des artistes autour de la représentation du territoire et de l'utopie. Par basculement, détournement, ou déformation, ces artistes montrent des visions inhabituelles de territoires existants, modifiant la perception du spectateur face à ces contrées non identifiées. Au delà du thème, rien de commun entre chacune de ces nombreuses œuvres, dont la réunion fait ici davantage office d'illustration de ce sujet épineux que d'une esquisse de réponse. Les œuvres sont présentées comme autant de bouées jetées aux secours des artistes qui se sont penchés sur la complexe question du territoire Rhin-Rhône.

En plaçant la culture en première ligne, les instigateurs ont peut-être trouvé confortable de se mettre en retrait, laissant le soin aux artistes, aux penseurs et aux différents acteurs du projet de se dépatouiller avec ce territoire artificiel, vierge et encore mal défini, avec pour seule piste, un thème, "Utopies et innovations", thème étonnant et ambivalent quand il s'agit d'accompagner la "création" d'un territoire.
Petit rappel : utopie (du grec. ou, non, et topos, lieu).

Frédérique FOULL


En haut : Anthony Hernandez, sans titre, 2010

http://www.utopinov.net/


jeudi 4 février 2010

Exposition JACQUELINE GUEUX à Belfort


BELFORT jusqu'au 28 février


Galerie du Granit, Scène Nationale de Belfort
1 fbg de Montbéliard
Entrée libre du mardi au samedi de 14h à 18h,
le dimanche de 15h à 19h
03 84 58 67 50
http://www.theatregranit.com/



Se promener au bord de l'eau. Ecouter, voir, sentir et créer son moment. Prendre note d'une idée, faire un croquis et se laisser vivre, un peu...

Jacqueline Gueux propose un espace et un temps pour la flânerie. Au Granit, elle occupe le terrain avec une installation composée d'éléments sur lesquels rebondissent les idées et les rêves, des accessoires de la pensée, comme elle les nomme.

Deux téléviseurs diffusent les images ondoyantes d'une eau anonyme et énigmatique. Rythme qui se poursuit sur le sol brillant, les vertes vaguelettes, souvenir d'une Venise immergée, me lèchent les pieds. Le bruit d'une chute d'eau accompagne ma balade. Un dessin, un mot, une histoire... Voilà la liste des ingrédients contenus dans l'exposition. Se mettre dans l'ambiance, réfléchir, attendre, écouter et laisser venir.

Je fais une pause, ici et maintenant. Ici. Mot sculpté par l'artiste chaque jour de l'année 1996, nous accueille, multiple, dans la vitrine comme autant de moments capturés. Des icis, marqueurs transportables d'un présent qui fuit, qui s'écoule comme l'eau qui m'entoure, chaque vague, chaque onde rythmant le temps qui défile.

Jacqueline Gueux met en scène une parenthèse poétique, un lieu de vie, dans lequel elle a déjà convié des visiteurs, en carton. L'artiste y a souhaité des performances, des danses et des improvisations, quelques rendez-vous pris au cours de cette exposition sous-titrée "habiter, occuper, mélanger et changer l'eau...".

Moi, c'est dans le calme d'un jour de semaine que j'ai créé mon moment, ma chorégraphie solitaire. Le 30 janvier, j'ai bien souhaité voir les rivages s'animer, mais ce jour-là, l'eau s'est malheureusement changée en neige...


Frédérique FOULL



REDAC' CHEFFE - Frédérique Foull

Formée aux Arts plastiques et aux Sciences & Techniques de l’Exposition (Master 2 à la Sorbonne), elle est avant tout une passionnée d’Art contemporain.

Elle a collaboré à différentes structures : Fondation Cartier (Paris), Haus am Lützowplatz (Berlin), Crédac (Ivry/Seine), Fête de l’Eau (Wattwiller)…

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