De septembre 2009 à l’automne 2011, Franchement contemporain a été un blog très actif. Pas moins d’un article par mois pendant deux ans, suivant l’actualité de l’art contemporain en Franche Comté. Chroniques d’expositions mais aussi rencontres avec les artistes et les acteurs de ce secteur ont donné corps à ce projet au fil des mois.

Bénévole et entièrement libre de sa ligne rédactionnelle, ce blog a été un réel plaisir. Plaisir que je souhaite retrouver dès que possible. Sauf que les jours ne font que 24 heures…

En attendant les archives sont toujours disponibles…



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mardi 25 mai 2010

Portrait d'artiste : ANNE-VALERIE DUPOND


ARTISTE



Une artiste en résidence au Collège de Noidans-les-Vesoul

La seconde semaine de résidence au Collège s'achève pour Anne-Valérie Dupond. Au cours de ces deux semaines (il y en aura une troisième en juin), l'artiste bisontine aura accueilli les élèves et leurs enseignants dans l'atelier qu'elle s'est aménagé provisoirement dans une des salles du rez-de-chaussée. Belle initiative de Raphaëlle Sanchez, enseignante en Arts Plastiques, que de faire profiter les élèves de la présence quotidienne d'une artiste.

Au milieu d'un tas de chiffons, Anne-Valérie Dupond coud. Elle sculpte le textile, façonne des figures avec des tissus, des vieux linges, du rembourrage qu'elle suture ensuite à la main, plus ou moins grossièrement, dans une sorte de rituel, à la fois maternel et frankensteinien.
Dans l'atelier, les élèves posent des questions, testent des techniques, s'essayent à des assemblages.... L'artiste souhaite surtout faire passer l'idée de "faire avec les moyens du bord, trouver ses propres solutions. Il n'y a pas de méthode".

Les "objets d'affection" qui résulte de ce bricolage artistique prennent la forme de figures humaines ou animales, de statues, de pin-ups, de bustes dans lesquels la confusion des genres est palpable, entre une pratique et un matériau plutôt féminin et des attributs plus masculins comme le trophée de chasse ou le monument commémoratif par exemple. Un univers atypique, chargé de l'histoire personnelle de l'artiste, d'influences diverses, comme Annette Messager ou Louise Bourgeois, et surtout de cette envie, ou ce besoin, de concevoir des objets artistiques avec ces tissus usés, chargés d'intime, prêts à être jetés, leur redonnant ainsi une seconde vie.

Frédérique FOULL


http://www.annevaleriedupond.com

Prochaine exposition : "L'art au paradis", à Marseille du 3 au 20 juin

lundi 15 mars 2010

Portrait d'artiste : JEAN-PIERRE SERGENT


ARTISTE



Jean-Pierre Sergent, franc-comtois d'origine, a passé douze ans à New York. Ça marque. Le peintre utilise les outils les plus performants pour exercer son art, à savoir ordinateur, palette graphique, sérigraphie, plexiglas...
Des influences pop ? Oui, bien sûr. Rauschenberg, Warhol, Lichtenstein mais attention, ces similitudes ne sont que formelles et techniques. Car si le pop art se veut le reflet de la société de consommation, la peinture de Jean-Pierre Sergent ne représente pas de revendication particulière, juste de l'énergie.

L'énergie, JP Sergent la puise dans l'iconographie des grandes civilisations du monde (sarcophages Egyptiens, géométrie Navaro, vase Maya, crâne Aztèque), mais aussi dans des formes d'art plus contemporaines comme le graffiti urbain, ou encore d'autres arts "exotiques" (estampes japonaises, mandalas tibétains, miniatures indiennes...) comme autant de motifs, de patterns, qui nourrissent son travail.

L'artiste s'intéresse à l'art pariétal, à la persistance et aux superpositions des motifs à travers les âges. Longtemps, son inspiration s'est surtout nourrie des arts des civilisations précolombiennes d'Amérique centrale, notamment pour la série Mayan Diary, qu'il commença en 2000. Plus récemment, son travail s'oriente vers les mangas japonais et les yantras* hindous.
Avec la sérigraphie comme moyen technique de répétition et de superposition, l'artiste cherche à atteindre un état de transe, à faire vibrer l'énergie. Une énergie capable de confronter l'ordre et le chaos. La représentation fréquente de la sexualité dans ses œuvres évoque le rituel du sexe comme recherche d'une énergie vitale, d'une régénération, d'une "création du monde". La représentation des attributs sexuels, féminins ou masculins, renvoie à celle des divinités ancestrales, priées pour la fertilité, le renouveau de la vie, la bonne marche des choses...

Les peintures de Jean-Pierre Sergent sont comme des ondes colorées, sensibles et magnétiques, des systèmes d'énergie, des flashs chamaniques, des icônes intemporelles, magiques et transcendantales.

Frédérique FOULL

Jean Pierre Sergent présente ses œuvres du 28 avril au 26 juin à la galerie "Mon Loup" au 10 rue Pasteur à Besançon.
* Yantra : figure géométrique hindoue tracée pour dompter le mental et maitriser les forces cosmiques.


En haut, Mayan Diary, 2008
En bas, Bondage and freedom n° 3, 2003

http://www.j-psergent.com/


mardi 16 février 2010

Portrait d'artiste : CHRISTIAN CAILLET


ARTISTE

S'interroger. Christian Caillet est un ami. Je connais sa peinture depuis plusieurs années maintenant, je l'ai vue évoluer et pourtant nous en parlons ensemble pour la première fois. Sa peinture n'a pas besoin de discours mais suscite bien des questions : c'est quoi, c'est où, comment, pourquoi ? Beaucoup d'intérêt, pas mal de curiosité aussi, je ne quitte pas la toile des yeux, toile qui, dans le même temps, semble me demander : "Pourquoi veux-tu tout savoir de moi ? Je suis telle que je suis."

Observer. Au détour d'une balade, lors d'un voyage lointain ou d'un trajet quotidien, un paysage interpelle l'artiste. Paysages de chantier souvent, de zones en construction, ou de sites architecturaux, l'aspect composé de la scène l'intéresse. Dans un désordre apparent, les structures, les éléments ont une présence qui semblent dépasser le hasard. Un espace construit, techniquement habitable mais parfois inhospitalier, dans lequel l'artiste collecte sa matière première. Il prélève des éléments, prend une photo, des images en tant que prise de note, la recherche d'un vocabulaire....

Recomposer. En quête de ce moment ressenti, Christian Caillet agence sur la toile les éléments dont il a pris note, les combine parfois, pour créer ce qu'il appelle une "réalité secondaire". Son travail : s'imprégner de cet espace qui lui résiste, analyser les tensions qui y existent, traduire les rapports de force, les transformer pour mieux les appréhender, déchiffrer les architectures pour tenter de les comprendre.

Peindre. Touche après touche les lignes et les formes sont modifiées, digérées, usées. L'artiste souligne des évidences, gomme des preuves …
Les éléments ne sont pas traités pour ce qu'ils sont, mais pour ce qu'ils pourraient être, pour ce qu'ils représentent. Les formes, les couleurs, la lumière, donnent des indices, tout en brouillant les pistes, nous emmenant parfois vers des terrains évoquant davantage l'organique, l'aquatique, le fluide... reflet de l'impression du moment. La couleur devient matière, elle conduit le regard, disperse le point de vue.

Construire. L'image transformée, filtrée, annotée ou surlignée, abstraite par moment, devient l'expression d'un moment où les masses, les pesanteurs, les déséquilibres, tout comme les impressions d'humidité, les odeurs de béton, de boue ou de poussière, conduisent à la proposition d'un lieu, structuré, mystérieux, possible.

Frédérique FOULL


http://www.christiancaillet.fr/


mercredi 13 janvier 2010

Portrait d'artiste : ANNE GERARD-BENDELE


ARTISTE


A l'occasion de la dernière Biennale des Arts Plastiques de Besançon, Franchement Contemporain vous avait promis de revenir sur le travail de nos artistes franc-comtois de talents. C'est donc Anne Gérard-Bendelé qui ouvre le bal.
Souvenez-vous, son stand nous avait alors ravi, avec ses dessins et sculptures, présentés autour d'un cirque d'animaux de bronze, petite scène drôle, légère et raffinée qui se déroulait sous l'œil d'un grand singe bleu...



C'est à Montigny-les-Vesoul qu'Anne Gérard-Bendelé crée les personnages de son univers artistique. Elle nous a accueilli dans son atelier où foisonnent dessins, croquis, peintures, mais aussi et surtout, ces petites sculptures en bronze si caractéristiques de son travail.
En façonnant ses personnages, le plus souvent des animaux, elle s'attache à leur donner un caractère, ou plutôt du caractère. Comme dans les histoires pour enfants, les fables ou les parodies, l'animal revêt à merveille tous les costumes des caractères humains, les travers comme les bons côtés. L'oie est gentille et timide, le singe réfléchit beaucoup, l'éléphant est maladroit, mais la préférence de l'artiste va au loup, frimeur, farceur et dragueur, un vrai filou.

Anne Gérard-Bendelé est restauratrice d'œuvres d'art. Elle a parcouru le monde au secours d'ouvrages de toutes sortes et, au cours de ses nombreux voyages, en Algérie, au Venezuela, au Mali, aux Etats-Unis, elle a beaucoup observé l'humain et sa manière "d'être au monde", sa relation avec son environnement.
Dans certaines cultures, la nôtre y compris, l'animal tient un rôle qui dépasse celui de sa propre existence. On lui confère des pouvoirs, on l'imagine pensant ou parlant, on a en peur parfois... Notre relation à l'animal est parfois à l'image de nos relations entre humains.
Les œuvres d'Anne Gérard sont autant de clins d'œil à ces affinités entre l'homme et l'animal, à ce côté sauvage de la psychologie humaine, et autant de points de départ à des histoires, drôles, farfelues ou tragiques, qui à travers une maîtrise des formes, un jeu graphique original et un humour dosé, montre un petit théâtre de la vie dans lequel chacun peut se reconnaître, sans être reconnu.


L'année 2009 aura été une bonne année pour l'artiste. Après la Biennale des Arts Plastiques à Besançon, le Salon d'Automne et une exposition à l'espace Commines à Paris, les petits loups d'Anne Gérard-Bendelé se sont envolés pour New York, accueillis par une galerie de Soho jusqu'au 15 janvier. Cette exposition sera également visible en 2010 à Londres puis à Shanghai.

Small formats in N.Y
Pavillon d'Art Contemporain
137 Grand Street
15 décembre - 15 janvier



vendredi 30 octobre 2009

Frank MORZUCH invité au cinéma pour RIVERS & TIDES


FRANK MORZUCH - portrait d'artiste


Opportuniste. L'artiste travaille plus sur le paysage que sur le naturel : ce n'est pas tant les grandes étendues, les arbres, les forêts - chers aux autres artistes du Land Art - que le paysage qui l'entoure, s'offre à lui, qui l'intéresse. Ainsi d'une de ses œuvres, présentée à la Biennale des Arts Plastiques de Besançon cette année, qui naît d'un bout de moquette découpée pour épouser les formes d'une branche et loger un bataillon de petits cailloux blancs, illustrant bien cette attitude de Frank Morzuch.
Car c'est bien d'une attitude dont il s'agit. Franchement Contemporain a rencontré l'artiste dans sa maison de Faucogney, là-bas au pied des Vosges, cette maison qui, à chaque étage, met en scène des recoins façonnés, revisités par l'artiste. Du grenier au jardin, l'espace est questionné, construit, réapproprié. L'art est pour lui un travail quotidien, une quête permanente, dont l'objet importe finalement beaucoup moins que le chemin emprunté.

Pour Frank Morzuch, l'esthétique n'est pas suffisante. Dans son travail, s'opère une forme de processus d'investigation du paysage, qu'il soit réel ou figuré. Depuis de nombreuses années, il mène une recherche importante sur les tableaux de Dürer, recherche qui l'a rendu célèbre à travers plusieurs expositions et ouvrages s'y attenant.
L'artiste ne tarit pas sur le sujet. A travers l'étude des œuvres du maître allemand, il met le doigt sur de troublantes coïncidences, jusqu'alors inédites. Les lignes de construction tracées révèlent des perspectives, dessinent des pentagones, se croisent en des points mettant à jour des angles d'or et dévoilent ainsi une géométrie secrète de l'oeuvre.
Comme dans beaucoup de ses travaux, une sorte de jeu de pistes se met en œuvre, en interaction avec le spectateur, un indice se cachant derrière chaque découverte. Dans l'oeuvre de Dürer, le carré magique, interrogé par la réflexion mathématique, le questionnement des nombres, et la mise en regard avec l'astronomie, les planètes, offre des résonnances inattendues conduisant à de nouvelles interprétations. Qu'elles soient inspirées d'une œuvre d'art ou d'un paysage vosgien, ces réinterprétations revêtent, dans le travail artistique de Frank Morzuch, la forme d'une géographie émotionnelle, souvent empreinte de magie, d'énergie céleste, qui concentrent dans les œuvres la poésie des légendes habitant nos mémoires.

Frédérique FOULL



VESOUL & GRAY 10 & 13 novembre


Frank Morzuch sera l'invité des Amis du Cinéma de Vesoul, qui diffusent au Cinéma Majestic, le mardi 10 novembre à 20h15, le film-documentaire de Thomas Riedelsheimer "Rivers and Tides" sur l'artiste de Land Art, Andy Goldsworthy. Le film est également proposé au CinéMavia de Gray le 13 novembre.

Le film-documentaire "Rivers and Tides - Working with time" traduit "l'Oeuvre du temps", montre Andy Goldsworthy au travail. Habituellement vues en photos, ses œuvres fragiles et éphémères nécessitent souvent des heures de conception. Esthétiques, poétiques, elles sont "mises au monde" par l'artiste et mènent ensuite leur propre existence. Le temps, les marées, les saisons maîtrisent leur devenir. Le film témoigne du long, difficile et parfois frustrant apprentissage de la matière et des éléments dont fait preuve l'artiste.
Une chance de voir ce documentaire sur écran géant. A ne pas manquer.

Frédérique FOULL



REDAC' CHEFFE - Frédérique Foull

Formée aux Arts plastiques et aux Sciences & Techniques de l’Exposition (Master 2 à la Sorbonne), elle est avant tout une passionnée d’Art contemporain.

Elle a collaboré à différentes structures : Fondation Cartier (Paris), Haus am Lützowplatz (Berlin), Crédac (Ivry/Seine), Fête de l’Eau (Wattwiller)…

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